Mort

Peut-on parler de la mort librement ? Peut-on en rire ? Peut-on philosopher, discuter de ce sujet en toute liberté, en toute sérénité ? Pourquoi forcément à un moment ou à un autre, cette pensée, cette idée de la mort revient dans notre esprit ? Pourquoi peut-il nous arriver de craindre le pire pour ses proches, et pourquoi égoïstement, nous espérons et nous acceptons tant bien que mal que nos congénères soient en première ligne pour la rencontrer ?

La mort, pour beaucoup synonyme d’angoisse, de crainte absolue, a selon moi certaines qualités. Elle permet de délimiter un cadre, d’imposer une justice parfaite. Elle peut également prendre la forme d’un magnifique raccourcis. Dans les croyances populaires athées, il est de fait de la comparer à ce fantôme possédant une faux ayant pour but de collecter les âmes, mais cette version désuète me semble légèrement trop naïve et simpliste.

Elle est omniprésente, elle fait couler beaucoup d’encre, elle égaye les récits, les rend palpitants, elle entretient une superbe intrigue auprès du lecteur, et une fascination auprès de celui qui souhaite en être complice. Si facile d’accès, elle ne nécessite qu’un brin de courage pour se mettre en scène.

Elle tend la main à celui ou celle dans le besoin, elle ne laisse tomber personne. Ses courbes séduisantes en on fait craquer plus d’un. L’évasion est sa spécialité, l’inconnue demeure son royaume. Ses vertus purificatrices ont permis d’animer le combat des hommes à travers les conflits, les guerres, les massacres.

Elle ne tient pas compte de la richesse, du milieu social, du succès des uns et des autres. Elle se nourrit lentement de la tristesse, de l’effroi, du désarroi du plus démunis. Ses petits clins d’œils, ses petits sourires malicieux ont rendu Morphée jalouse.

Elle s’installe peu à peu dans la chair, elle s’immisce dans les pensées, elle ne peut s’empêcher de se faire remarquer, certains ne voient qu’elle, d’autres l’oublie et la rencontre par hasard au bord d’une route, en ville, en soirée, à la maison.

Regarde, elle danse dans les flammes, se manifeste dans les ruines, elle se balade dans les forêts, champs et lacs, elle ne tient plus en place. Elle paraît si heureuse, si sûre d’elle, elle a une longueur d’avance sur la plupart de ses adversaires, car elle le sait très bien, nul ne résiste à son charme délicieux. Et puis finalement, tous ses regards, toutes ses prières, toutes ses intentions, lui implorent d’intervenir. C’est à l’apogée de son art qu’elle devient la perfection incarnée, la dernière matérialisation de la pensée. Les témoins subjugués par tant de grâce, finissent par verser de petites larmes en guise d’ultime offrande.