Le damné

Il erre dans les villes le soir à la recherche d’une solution utopique.

Lui qui avait tout et qui brusquement a fini par tout perdre. Le teint jaunâtre, l’air hagard, des yeux vitreux d’un rouge pourpre dont les veines éclatées font ressortir son sang.

Il entend des voix se multiplier réelles, irréelles, quelle importance elles se multiplient c’est tout ce dont il est capable de remarquer. Elles s’amplifient avec le temps, et reviennent le heurter de temps en temps.

Anciennes, neuves, elles le harcèle, ces maudites voix qui condamnent ses actes. Il lutte avec les dernières forces qui lui restent pour les faire sortir de son cerveau malade. Il hurle à la mort, à l’agonie, à l’injustice.

Il ne ressent plus l’effet de l’alcool, ni plaisir, ni envie, ni joie, ni oubli, non, rien ne peut lui faire oublier cette vie misérable qu’il traîne avec lui. Il songe à tous ces meurtriers accusés à tort, à tout ceux que l’on a prit pour des fous, pourquoi serait-il si différent d’eux à présent ?

Il contemple avec mépris cette vie qui continue sans lui, qui l’a abandonnée à son sort, comme son Dieu. Dieu n’était donc qu’une chimère, il en était persuadé. Il haïssait chaque fondement de la société, chaque parcelle de sois-disant liberté, ce mythe de démocratie qui l’avait mis dans cet état. Il n’enviait pas les autres, parfois ils souriait aux passants en imaginant les brûler vifs. Pourtant il n’y était pour rien, mais pour lui ils étaient complice de la déchéance de la nation.

Il regarde donc les passants s’arrêter, se moquer, lui jeter une pièce, il se souvient qu’autrefois il était comme eux, mais lui jamais n’aurait agi de la sorte, il était courtois, respectueux, même si reconnait-il, il ne se souciait pas des problèmes des mendiants, il compatissait en silence, sans aucun signe de mépris, car il savait déjà à l’époque que l’injustice régnait en maître.

Le monde n’était donc pas cruel pour cette personne, il ne faisait qu’éliminer les valeurs de son idéal, pour former des jeunes dégénérés, narcissiques, abrutis par les médias, n’ayant plus le moindre respect pour leurs parents, leur famille, le monde professionnel. Pourquoi en auraient-ils, lui savait au plus profond de son être que tôt ou tard ils finiraient eux aussi par devenir d’infâmes damnés.

Pourquoi ce monde continue-t-il de prospérer ? L’erreur n’est pas humaine, mais l’être humain en est une, il pouvait passer la journée à se poser des questions existentielles de cette nature.

Il ne savait plus, non, si ces questions lui étaient dictées, ou si lui même se les posaient car elles ne faisaient que tourner en rond, encore et toujours, les mêmes mots, les mêmes phrases, les mêmes affirmations.

Mais lui avait une âme, il ressentait de nombreuses émotions, il aimait la vie, peut-être trop, il a fini par en absorber tous les bons fondements pour éclater avec, car il ne représentait plus la perfection qu’il avait prévu d’incarner.