Cauchemar

Tu les vois aussi, n’est-ce pas ? Ces ombres mouvantes dans l’obscurité, ces murmures d’autrefois, ces voix d’outre tombe. C’est dans les steppes glacées, que tu te remémores leurs visages inanimés, leurs yeux globuleux te perçant du regard, bien qu’il n’y ait pas d’âme en vue, tu contemples dans ce qui te semble à la fois si réel, et pourtant impossible à croire, cette multitude de cadavres jonchant le sol gelé, tu marches en plein désespoir sur le sentier, en plein cauchemar, tu vois ces corps se multiplier autour de toi. Les regards qui se figent sur toi ont désormais un air accusateur, de mépris. Les corps s’amoncellent, ils se rassemblent lentement, et forment une masse palpable. Tu frisonnes, tu n’oses pas te retourner, tu ressens l’étreinte de cette marée humaine, les ossements forment désormais une tornade et viennent te percuter, tu ressens ces mains, ces bras, ces jambes, t’agripper, t’enlacer, tu ne peux plus respirer, la puanteur de la mort t’étouffe, ensevelis sous les cadavres tu pousses ce dernier cri de rage, ce dernier soupir de vie, cette dernière larme d’espoir, pris de panique tu tentes de te frayer un chemin, de creuser un tunnel à travers les morceaux de chair en putréfaction. La fin approche, tu continues d’avancer vers l’inconnue, vers cette lueur jaunâtre qui t’aveugle au loin, tu sais que tu ne peux plus te retourner, tu en as trop vu, cela n’en vaut plus la peine.